Prévention des R.P.S. : le choix des indicateurs (2/5)

Les approches chiffrées peuvent être comparées à un ensemble d’instruments de mesure du vécu des conditions de travail, de la santé (perçue ou objective), des comportements (absentéisme, turn-over, usage de produits psychotropes, etc.) des salariés, ou encore des dimensions qui synthétisent l’avis des salariés sur leur conditions de travail (stress, pénibilité, satisfaction, etc.), renseignant les acteurs de l’entreprise, secteur par secteur, sur la nécessité d’approfondir l’analyse et de mettre en place un programme de prévention ciblé.


Le vécu au travail : les modèles d’évaluation les plus utilisés

Deux modèles épidémiologiques sont prédominants. Il s’agit du modèle demande-autonomie ou de tension au travail de Karasek [1] et de celui du déséquilibre entre l’effort et la récompense de Siegrist [2].
Ils sont tous les deux multidimensionnels et interactionnistes, c’est-à-dire qu’ils se fondent sur l’hypothèse que le stress est particulièrement important quand il y a conjonction d’une situation défavorable dans deux dimensions de la vie au travail.

Leurs limites

Mais ces modèles ont bien sûr leurs limites, entre autres, ils ne couvrent pas tous les champs du vécu du travail, en particulier,
- ils disent peu de choses sur les tensions ou les conflits pouvant exister avec la hiérarchie, les collègues et rien sur les  tensions avec les clients,
- ils ignorent aussi les risques d’agression ou de confrontation à la violence, à la maladie ou à la misère qui concernent de plus en plus de salariés,
- ils oublient enfin certains aspects qui aident les salariés à donner du sens à leur travail.

Il serait préférable de ne pas se limiter à ces seuls questionnaires. Le pré-diagnostic doit permettre d’identifier le contexte spécifique de l’entreprise et de proposer des items complémentaires adaptés à ce contexte (par exemple, dans les métiers commerciaux : ajouter des items concernant la relation avec les clients et les objectifs à atteindre).

Par le Dr Michel Niezborala*

Notes
[1] R.A. Karasek. Job demand, job latitude, and mental strain: implications for job redesign. Administrative Quarterly 1979; 24 : 285-308
[2] J. Siegrist, K. Siegrist, I. Weber. Sociological concepts in the etiology of chronic diseases: the case of the ischemic heart disease. Social Sci Med 1986; 22: 247-53

(Extrait de « L’approche chiffrée des risques psychosociaux : intérêts, limites et mise en œuvre pratique ». M. Niezborala – In « La souffrance au travail : Comment agir sur les risques psychosociaux ». Eds Armand Colin, Paris 2010, 191 p.)

* Médecin du travail et épidémiologiste.  Le Dr Niezborala travaille depuis de nombreuses années sur l’utilisation des méthodes de la recherche scientifique pour l’intervention en entreprise. Il travaille en particulier sur l’utilisation des indicateurs en santé au travail, sur le risque psychosocial et sur les questions d’âge au travail.


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