Santé : détresse psychologique (2/4)

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Vivement la reprise ? 

La plupart des salariés français sont confinés depuis 7 semaines. Cela a d’ores et déjà un impact alarmant sur leur santé psychique comme le montre une récente enquête[1] : 44 % d’entre eux sont en détresse psychologique (26% modérée et 18% élevée).

La reprise du travail in situ est porteuse d’espoir pour de nombreux salariés car synonyme d’un retour à la normalité. Nos repères ont été mis à mal pendant le confinement. Le travail, d’avant, représente une bouée rassurante à laquelle nous raccrocher. Mais retrouverons-nous un travail identique à celui que nous avions laissé avant le 17 mars 2020 ?

Pour certains salariés, retourner au travail est un soulagement

Un repère auquel se raccrocher

Pour beaucoup d’entre nous, la reprise du travail est un soulagement : c’est retrouver la vie d’avant, le salaire normal, le mouvement professionnel, la pression, la compétition, le stress et l’action. Voir ses activités organisées par l’extérieur sans avoir besoin de penser par nous-mêmes.

Retrouver de l’autonomie dans le mouvement, dans l’espace

Pour certains, se rendre à son travail, c’est regagner le monde extérieur et agrandir son champ de vision. Autrefois vécus comme des contraintes, ces déplacements peuvent devenir pour un temps des espaces de liberté. Cette période de télétravail “forcé” a pris au dépourvu bon nombre d’entreprises ; cela a eu pour effet une impréparation dont les salariés ont fait les frais. Certains vont donc être heureux de retrouver une infrastructure, un matériel adapté (bureau, écran, fauteuil) . Il faut savoir qu’environ 60 % des salariés travaillent dans leur salon depuis qu’ils sont confinés[2]. Revenir au travail c’est aussi accéder à des salles de réunion et à un espace pour partager un café.

Retrouver le contact avec les collègues

Les collègues vous ont manqué, : les discussions informelles, les échanges sur le travail et son organisation, prendre des nouvelles des uns et des autres, ou juste observer leurs allers venues…

Les humains sont des êtres sociaux qui ont besoin de contacts avec autrui pour se construire, se rassurer.

Une récente étude du MIT a montré, grâce à l’imagerie IRM, que l’isolement aigu provoque une soif sociale, semblable à la faim[3]. Le quotidien professionnel in situ facilite ces interactions sociales (le lien avec vos co-équipiers, votre manager, l’envie collective du travail bien fait, les gestes quotidiens d’entraide et de solidarité, la motivation collective).

De nombreuses recherches montrent que le soutien de l’équipe et celui du manager sont des éléments essentiels qui permettent de limiter le stress au travail[4] et développent l’engagement du salarié.

Reprendre le travail, mais dans quel état ?

Le taux de détresse psychologique, par région géographique française, n’est pas encore connu. Cependant on peut malheureusement projeter une situation d’une autre gravité dans les zones les plus impactées par l’épidémie : l’inquiétude et/ou la maladie pour soi ou pour les autres, la perte d’un ou de plusieurs proches…

Au-delà de ces situations dramatiques, ce confinement qui dure a déformé notre perception du temps, de l’espace intime et professionnel.

En chômage, interrogations et souvent impossibilité de se reposer

Pour certains, il s’agit d’un arrêt brutal de l’activité professionnelle qui provoque une sensation de temps arrêté. Cette baisse d’activité laisse le temps de se poser des questions, particulièrement en situation de chômage partiel ou technique lorsque l’on s’interroge sur son avenir professionnel, par exemple.

A cela peut s’ajouter la culpabilité de “ne rien faire” avec l’impératif de maintenir à flot sa capacité d’adaptation. Tous les repères sont bouleversés et c’est très déstabilisant. 1 salarié sur 5, en situation de chômage, présente une détresse psychologique élevée[5], ce qui en fait la population salariée la plus impactée. Ce phénomène s’amplifie par l’absence de lien avec l’entreprise, en raison de la situation de chômage.

Au travail, des règles différentes et une surcharge mentale

La poursuite de l’activité en télétravail, si elle a un effet inverse sur la perception du temps, ne préserve pas pour autant la santé psychique des salariés. Ces derniers sont exposés à plusieurs sources de stress : hyper connexion, surcharge de travail, réunionnite aigüe, conciliation impossible de la vie personnelle et professionnelle, fatigue mentale et cognitive.

Certains collègues en fonction de leur métier ont dû continuer à se déplacer pour soigner, nettoyer, assurer la logistique, réaliser une production, protéger ou entretenir des machines, des locaux.

Ils ont dû faire avec la peur de tomber malade ou de contaminer leurs proches. Ils ont aussi dû s’adapter en permanence aux aléas du travail (fonctionnement en équipes restreintes, distance physique des équipes supports (en télétravail), augmentation de leur charge de travail du fait de l’absentéisme. Sans oublier, qu’après le travail, ils étaient eux aussi confinés à leur domicile.

Anticiper la reprise à tous les niveaux de l’organisation

Remplacer les gestes par des mots

Les organisations de travail sont déjà en train de planifier la reprise en mettant en place la garantie des gestes barrières et de la distanciation sociale.

Ces mesures de protection vont changer notre rapport au corps dans le travail : les bises, poignées de main, accolades entre collègues vont disparaître et éloigner, physiquement, les salariés les uns des autres.

Cela va représenter dans certaines équipes un changement (très) brutal qui va perdurer dans le temps. L’être humain a besoin de ces marques de lien social et d’affection.

Il faut éviter que cette disparition n’engendre des manifestations de colère ou de rejet , pour cela les salariés et les managers devront inventer de nouvelles façons de communiquer leurs émotions. Un challenge pour nombre de salariés et de managers car cette façon de fonctionner ne fait pas encore assez partie de notre culture française.

Et cela devra passer par des mots, des attitudes qui permettront d’exprimer ce que l’on ressent comme :

o Réaffirmer des règles de politesse afin d’établir et promouvoir un contact positif et cordial dans l’équipe.

o Communiquer différemment : collaborateurs et manager doivent se parler et s’écouter plus régulièrement, dans le respect, pour maintenir des liens sociaux. Cela permet d’exprimer un désaccord en fournissant des commentaires constructifs.

Reconnaître et accepter collectivement une situation humaine exceptionnelle

La peur, la colère et le stress sont des sentiments normaux dans cette période de totale incertitude : peur de tomber malade, peur de mourir ou de perdre des proches, de perdre son emploi, ses revenus, peur de l’inconnu etc. Parfois cette peur nous submerge, nous empêche de réagir comme avant, c’est la détresse psychologique. Tout le monde peut être touché, y compris les managers qui sont particulièrement exposés à une détresse élevée (20%) [6] .

Cet impact psychologique négatif pourra durer plusieurs mois après la fin du confinement (troubles du sommeil, phobies etc). Le risque de ne pas l’entendre serait une aggravation de la détresse avec des conséquences sur l’ensemble de l’organisation de travail (désengagement, arrêts maladies, conflits, violence, hausse des addictions). Il faut donc anticiper la reprise en prenant en compte la diversité des situations. Sur site ou à distance, il est essentiel de n’oublier personne.

Dans toute l’organisation, renforcer la présence des managers auprès de leurs équipes (y compris direction et top management) avant la reprise :

o Si le lien a été rompu, le manager doit reprendre contact avec ses collaborateurs, les tenir au courant de la situation de l’entreprise et en profiter pour prendre des nouvelles, prendre le pouls.

o En télétravail : prévoir des réunions qui permettent de libérer la parole sur le vécu de l’expérience du confinement avant de rentrer dans l’entreprise ou si le télétravail se poursuit. Demander aux salariés ce qui leur a le plus manqué, ce qui aurait pu être mieux organisé, ce qui manque encore et répondre aux besoins. Chacun doit pouvoir participer à ce retour d’expérience et être force de proposition.

o Sur site : favoriser les échanges directs, l’écoute et le soutien

En amont, mettre en place un « programme permettant de prendre en charge les personnes en détresse ». Communiquer sur son existence pour donner le signal que la parole est possible sur le sujet :

o N° vert d’écoute psychologique

o Mise en place de « veilleurs », des salariés formés et identifiés qui peuvent écouter, conseiller et orienter les personnes en difficulté à leur demande ou à la demande d’un collègue qui s’inquiète.

o Liste des professionnels proches en fonction des problématiques : prise en charge psychologique, groupe de parole sur le deuil, dépendance, mais aussi problèmes administratifs, financiers ou juridiques psychologue, médecin du travail, assistante sociale).

Et si c’était mieux après ?

Enfin l’idéal est de pouvoir à la reprise, prendre le temps de faire un retour d’expérience avec toute son équipe.

Donner du sens à ce que l’on a vécu fait du bien et peut aider à construire l’avenir.

Il est donc important d’identifier aussi tout ce qui s’est bien passé pendant le confinement (solidarité, entraide, moins de réunions, plus d’autonomie, moins de déplacements, plus d’agilité avec le digital, plus de responsabilité …) et que l’on pourrait garder pour mieux travailler demain.

Valéry HOLLIER, psychologue du Travail et des Organisations (28/04/2020)

[1] Enquête Opinion Way /Empreintes Humaines menée du 31 mars au 8 avril auprès d’environ 2 000 salariés français

[2]. Enquête Opinion Way (précédemment citée)

[3] The need to connect: Acute social isolation causes neural craving responses similar to hunger ;L. Tomova, K. Wang, T. Thompson, G. Matthews, A. Takahashi, K. Tye, R. Saxe ; https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.03.25.006643v1

[4] Karasek R., Theorell T., 1990, « Health Work : Stress, Productivity and the Reconstruction of Working Life », New York, Basis Books

[5] Enquête Opinion Way (précédemment citée)

[6] Enquête Opinion Way /Empreintes Humaines

La détresse psychologique est un ensemble de symptômes qui se traduisent par des comportements inhabituels, irrationnels ou excessifs qui apparaissent au quotidien, y compris au travail.

Au niveau mental et émotionnel : peur démesurée (des microbes, de la contamination) qui peut entraîner des crises de panique, tristesse, repli sur soi, refus de communiquer, hypersensibilité, irritabilité voire colères disproportionnées, perte de concentration, troubles de la mémoire…

Au niveau physique : douleurs, insomnies, migraines, malaises, troubles digestifs, problèmes de poids, baisse de l’immunité… qui accroissent le risque d’absentéisme pour maladie.

Augmentation de la consommation de substances et d’addictions (alcool, tabac, café, drogues, médicaments, sports, jeux vidéo…) pour tenir ou se couper du monde et limiter la pensée.

Comment la repérer ? Être attentif aux changements brutaux de comportement

1. Des changements dans la gestion de temps : un collaborateur autrefois très ponctuel commence à arriver en retard le matin. Cela peut être lié à de l’insomnie qui impacte la motivation à sortir du lit le matin. Si des changements d’habitudes drastiques d’heure d’arrivée et de départ du travail ont lieu, il y a peut-être motif à se poser la question.

2. Des absences fréquentes (augmentation notable du nombre de jours d’arrêt pour maladies).

3. Une baisse d’entrain ou de motivation : votre collaborateur affiche jour après jour, lorsque vous le croisez un sourire forcé, ses mouvements sont lents et son attitude, négative. Avant de l’accuser de ne plus prendre son travail au sérieux, il est avisé d’investiguer davantage.

4. Irritabilité : Lorsqu’une personne normalement enjouée et joyeuse devient soudainement irritable et brusque dans ses propos, il est possible qu’elle souffre de troubles d’humeur. Pour distinguer ce comportement d’une simple réaction au stress il faut vérifier s’il se maintien dans le temps.

5. Fatigue et manque de concentration : avoir du mal à rédiger des courriels, à écouter pendant les rencontres ou même à lire… Lorsque l’on souffre de détresse psychologique, il est souvent difficile de réaliser des tâches simples.

6. Isolement : contrairement à ses habitudes, un collaborateur ne partage plus ses repas avec ses collègues, saute des repas, mange seul à son bureau. La souffrance psychique s’accompagne souvent d’une perte d’appétit et d’un besoin d’isolement.

7. Hygiène : les changements dans les habitudes d’hygiène corporelle sont l’un des signes avant-coureurs de la dépression les plus faciles à remarquer et les plus fréquents.

Inspiré de https://recognition.altrum.com/blog/reperer-signes-de-detresse-psychologique-travail/

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