Management : « Les salariés sous pression sont victimes d’une perte de l’estime de soi » – La Tribune, Toulouse, le 20 janvier 2017

 Dans Revue de Presse

La société toulousaine Better Human Company, qui accompagne des entreprises dans l’amélioration de la qualité de vie au travail, a signé fin 2016 un partenariat avec Toulouse Business School. Objectif, faire avancer la recherche et les connaissances sur les liens entre travail et santé, et entre travail et management. Pour cela, les chercheurs pourront s’appuyer sur les données recueillies par Better Human Company auprès de 30 000 salariés depuis 10 ans. Explications.

 

Depuis près de 10 ans, Better Human Company a réalisé plus de 150 diagnostics et accompagné presque autant d’entreprises. Les témoignages de 30 000 salariés ont été recueillis. « Une masse de données extraordinaire. C’est pour cela que nous avons voulu la confier à des chercheurs pour faire progresser la connaissance en matière de qualité de vie au travail », explique Florence Bénichoux, cofondatrice de la société. L’objectif de cette démarche est clairement d’aboutir à des publications d’articles de recherche.

Il faut dire que la thématique de la santé au travail est devenu un enjeu majeur pour de nombreuses entreprises depuis quelques années. « Aujourd’hui, le plus grand gisement de performance pour les entreprises, c’est le facteur humain », assure Florence Bénichoux. Selon une étude de l’institut Gallup publiée en 2013, 26 % des travailleurs seraient activement désengagés. « Dans le même temps, 21 % sont surengagés et donc surmenés, ce qui conduit à des dépressions ou des burn-out », poursuit-elle.

« On a donc un absentéisme dû à un surengagement et un présentéisme désengagé. Pour les directions, cela fait donc quasiment 50 % des salariés qui ne sont pas au niveau d’efficacité ou de performance qu’ils pourraient avoir », analyse la cofondatrice de Better Human Company.

Selon elle, ces chiffres sont dus à un contexte général dans le monde du travail. « Le travail s’est accéléré, on en a de plus en plus et il est de plus en plus complexe, détaille-t-elle. Nous sommes tous interrompus en permanence, hyperconnectés avec une pression permanente. On en arrive à ce que l’on appelle des pathologies de surcharge. » Les salariés sont ainsi victimes d’une perte de l’estime de soi car ils ne sont plus capables de faire un travail de qualité du fait d’un manque de moyens. Comme le résume Florence Bénichoux, il faut « faire de la quantité et pas de la qualité. Il y a plusieurs causes à cela. La numérisation et la financiarisation à l’extrême des entreprises. Il faut faire plus avec moins de gens. »

LA DIFFICILE PRISE DE CONSCIENCE DES ENTREPRISES

Pourtant, si la question est aujourd’hui prise en compte par de plus en plus d’entreprises, les débuts ont été délicats pour Better Human Company en 2007. « Cela n’a pas du tout été facile, il y a 10 ans, de convaincre les dirigeants de s’intéresser à cette problématique. Nous étions perçus comme des Bisounours, se remémore Florence Bénichoux. Pour eux, il s’agissait de cosmétique (un baby-foot…) et les dirigeants laissaient cette question au DRH. Nous n’avions aucune écoute des directions. Nous avons galéré car il y avait peu d’études et pas de chiffres qui montraient les liens entre qualité de vie au travail et santé mentale. »

Malheureusement, la vague de suicide chez France Télécom a permis une prise de conscience. « Il n’y a rien qui justifie qu’on se suicide à cause de son travail », pointe-t-elle. Aujourd’hui, Better Human Company a accompagné de nombreuses entreprises : Danone, Atos, Magellium, Airbus Simpa, Coca-Cola, Figeac Aéro ou encore Capio. Sur l’exercice 2015-2016, elle a enregistré un chiffre d’affaires de 750 000 euros et devrait dépasser le million d’euros cette année.

« Nous faisons du conseil en capital humain. Le meilleur outil de prévention de la santé mentale, c’est le développement de la qualité de vie au travail, qui est par ailleurs un levier majeur pour la compétitivité des entreprises. Ce n’est pas la performance qui permet d’avoir une meilleure qualité de vie au travail, c’est l’inverse », précise Florence Bénichoux.

Et pour elle, il ne faut pas confondre qualité de vie au travail et bien-être au travail. « Les massages, ces choses-là, c’est très bien, mais, au final, c’est hors travail. La vraie qualité de vie au travail, ce sont les conditions de travail, l’organisation du travail et la qualité du management. » Selon elle, il est primordial de « remettre de l’intelligence au travail ». Better Human Company travaille pour cela avec des médecins, des sociologues, des ergonomes… « Arrêtons de considérer les hommes comme des machines », s’exclame la cofondatrice de la société.

Dans son accompagnement des entreprises, la société, présente à Toulouse et Paris, adopte une posture la plus neutre possible. Il ne s’agit pas pour elle de prendre parti pour la direction ou pour les salariés mais d’établir « le diagnostic le plus juste possible ». Ce qui n’empêche pas certains chefs d’entreprises de ne pas entamer de démarche. Et le changement de mentalité est encore trop lent selon Florence Bénichoux. « Il y a un vrai intérêt pour la question depuis 2-3 ans. Mais on est resté très longtemps dans la théorie. Maintenant, il faut apporter des changements concrets. »

LA SANTÉ AU CŒUR DU PARCOURS DE FLORENCE BÉNICHOUX

Cette question de la qualité de vie au travail est un combat que mène Florence Bénichoux avec ardeur. Diplômée sciences politiques et de médecine, elle a passé l’ensemble de sa carrière dans le secteur de la santé. Pendant 10 ans, elle a en effet travaillé comme médecin hospitalier, dont une partie en cancérologie. « J’ai adoré mais j’ai vu beaucoup de gens mourir, confie-t-elle. Et je me suis qu’il serait intelligent de faire de la prévention. »

C’est il y a 30 ans et la pratique n’est pas en vogue dans l’Hexagone. Florence Bénichoux part alors se former au Canada et en Suède, des pays dépourvus de sécurité sociale où la prévention est primordiale. « Je me suis aperçue que la prévention passait beaucoup par la communication et je me suis donc spécialisée dans la communication en santé dans les années 80-90. J’ai beaucoup travaillé sur la prévention de la santé physique (diabète, cancer…). »

Sa « troisième vie », comme elle dit, débute avec la création de Better Human Company en 2007. Mais son intérêt pour la santé au travail a débuté bien en amont. « À la fin des années 90 début 2000, j’ai beaucoup entendu parler des problématiques de dépression au travail, de burn-out… Et je me suis demandé comment prévenir ces maladies. La médecine du travail a mis 70 ans pour arriver à mettre en place les outils de prévention de la santé physique, ce qui a réduit le nombre d’accidents du travail. Mais, dans le même temps, on a assisté à une hausse vertigineuse des maladies au travail (burn-out, dépression, troubles musculo-squelettiques, AVC ou accidents cardiaques précoces…) »

LES 3 CONSEILS DE FLORENCE BÉNICHOUX

Pour améliorer la qualité de vie au travail, la cofondatrice de Better Human Company a 3 conseils à destination des managers.

– prendre conscience : « Souvent, les manageurs sont des ‘stresseurs’ pour leurs équipes car eux-même sont sous pression. Mais ils ne s’en rendent pas compte. »

– écouter les salariés : « Il faut mettre du dialogue, permettre à chacun de contribuer. On a besoin de l’intelligence de tout le monde. »

– ne pas hésiter à se faire accompagner pour ne pas se tromper de levier.

PAUL PÉRIÉ

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